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COLLAGE ET LITTÉRATURE INSOLITE
par Bertrand Athouel
Collage et littérature insolite (fantastique, science-fiction, policier..)ont souvent fait bon ménage. Ces deux disciplines communiquent si bien que leurs auteurs-amateurs se confondent parfois et s'inspirent mutuellement. Après tout, raconter des histoires invraisemblables ou assembler des images impossibles c'est un peu la même chose... Rappelons simplement la passion que les surréalistes du début du siècle voueront au roman à énigme et en particulier au Fantômas de Souvestre et Allain, ainsi qu'à l'œuvre cinématographique de Feuillade (Judex, les Vampires etc...). Il est aujourd'hui possible, à peu de frais, de retrouver les traces de ces chemins croisés. Ainsi les mythiques éditions du "Livre de poche" offraient elles dans leur collection "policier" des années 60/70 de savoureuses couvertures, véritables préambules aux mystères qui allaient suivre. Photomontages à base d'archives, de dessins agrémentés de lettrisme ... ces illustrations étaient l'œuvre des célèbres ateliers Pierre Faucheux et ont réellement contribué à créer un genre et une identité visuelle propre à chaque auteur publié (ou du moins aux héros correspondants). Les plus connues de ces réalisations sont sans nul doute les jaquettes créées pour la série des aventures d'Arsène Lupin de Maurice Leblanc. Collages et photomontages de facture simple mais efficace dégageant un léger parfum "ernstien" par cette utilisation conjointe de gravures retouchées (les joues roses !), de photos sépias et de publicités anciennes. Le mystérieux personnage "double" apparu pour l'occasion illustrera toute la série jusqu'à en devenir la figure emblématique et récurrente. D'autres auteurs -et non des moindre-- bénéficieront de l'habillage des ateliers Pierre Faucheux : Ainsi S.A.Steeman, prolifique écrivain belge proche des surréalistes flamands (et dont les titres sont déjà tout un programme : ainsi "Le mannequin assassiné" !) et dont les premières de couverture de ses romans mettaient invariablement en scène une mystérieuse silhouette noire évoluant dans un décor photographique glauque. Citons également certains ouvrages de Gaston Leroux (le père de Rouletabille) dont le "Mystère de la chambre jaune" et "le Parfum de la dame en noir" intriguaient aussi les surréalistes ; et enfin quelques titres d'Agatha Christie et de Boileau -Narcejac pour les plus connus. La liste n'est certes pas limitative et il suffit de fouiner aux puces pour dénicher facilement ces petits chefs d'œuvre de montage malheureusement en voie de disparition. Les amateurs de science-fiction pour leur part connaissent certainement le magazine Fiction, cette "revue littéraire de l'Étrange" qui connut un large succès dans les années 50/60. Outre le fait qu'elle offrait une sélection des meilleurs auteurs du genre, cette revue proposait des illustrations de couvertures tout à fait originales pour l'époque :collages et photomontages tourmentés ,œuvres de graphistes et illustrateurs de talent dont l'un deviendra célèbre par la suite: Jean Claude Forest(le père de la pulpeuse Barbarella,fameuse égérie pop des sixties).Les images comme le concept de science fiction qu'ils illustraient- peuvent certes apparaître désuets quelque quarante années plus tard, leur charme demeure intact : ces vastes constructions labyrinthiques, ces univers machiniques dans lesquels évoluaient des mutants mi -hommes, mi -végétaux sont d'un intérêt indéniable pour tout collagiste. Il n'est pas étonnant finalement que la littérature insolite ait maintes fois croisé la route du collage. Ces modes d'expression populaires, longtemps considérés comme genres indignes ou mineurs ont toujours été les supports privilégiés de l'expression du bizarre et de la déviance par rapport au "bon goût". Leur association n'en est que plus sulfureuse.
TOUT L'ART DU COLLAGE :
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