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L’art de Marléna Ratti, liaison culturelle entre Italie et Yémen. Par le Professeur Contini
Voici une initiative véritablement concrète, voulue avec la force et l’inexorable détermination qui fait agir pour un grand but : la diffusion authentique de la culture qui ne connaît ni frontière ni barrière et qui sait surmonter tout obstacle. Sur la route de la paix, dont Artecultura est toujours le porte drapeau, nous ne pouvions manquer une rencontre avec Marléna Ratti, interviewée à l’occasion de l’inauguration du Centre d’Etudes Italien ( C.S.I. ) qui s’est passée le 17 mai dernier à Sana’a, la mythique capitale yéménite, patrimoine de l’Unesco. Marléna Ratti a fréquenté pendant plus de quarante années le Yémen, et cela l’a amenée à être appréciée pour son amour, véritable, durable et sincère pour cette région, et c’est ainsi que seule, avec patience et courage, elle a ouvert sa bibliothèque dans la vieille médina, au cœur de Sana’a, dans une maison à l’architecture typique, tant appréciée par Pasolini. Elle nous accueille ici, dans cet élan habituel avec une chaleur qui met à l’aise en toute circonstance : Je vais vous présenter le Préfet de Sana’a, Son Excellence Abduluahed Al-Buhaitti … La main que nous serrons est celle d’un homme à l’honnêteté parfaite, et à qui le Yémen doit beaucoup, et à qui on attribue un fort ascendant sur ces populations et sur ces tribus jusqu’ici considérées comme réfractaires. Et voici Josette Llahi, la spécialiste des bédouins …Personnage fascinant, cette femme nous conte, grâce à ses longues expériences au Yémen, comment elle a rencontré les tribus bédouines, avec qui elle conserve des relations vitales et cordiales, surtout dans la région de Marib, la terre légendaire de la Reine de Saba, qui est au dire des connaisseurs, l’un des lieux les plus difficiles du pays. Absolument française, elle accompagne ses paroles de ses gestes et nous fait vivre comment elle peut à présent retrouver les ruines d’une ancienne civilisation grâce aux renseignements que lui donnent les bédouins qui l’apprécient beaucoup. Ali Hisham, le sous secrétaire à la culture, et M. Mohamed Qaflah, le sous secrétaire au tourisme, qui ont beaucoup participé pour le Centre et la bibliothèque… Dans les quatre salles que nous visitons à présent, il y a plus de 2.000 volumes, il y a même de la littérature enfantine, détail intéressant puisqu’une nation dont 40% de la population est âgée de moins de quinze ans ! Philosophie, psychologie, médecine, économie, littérature, classiques…………ainsi qu’une série de livres d’auteur italien, en livraison bilingue italien-arabe, mais les véritables bijoux de cette bibliothèque sont sûrement les volumes sur les manuscrits arabes, qui furent splendidement conservés chez la bibliothèque Ambrosiana à Milan, et sont ici une révélation pour le monde culturel yéménite. Au regard de cette bibliothèque, sa richesse et sa variété, on peut toucher du doigt l’effort et l’engagement qu’il a fallu y donner pour sa réalisation. Nous réussissons enfin à présent, grâce à la complicité de notre ambassadeur au Yémen, Doot Giacomo Sanfelice di Monteforte, à arracher littéralement Marléna Ratti à ses hôtes. Enfin nous lui posons quelques questions : - D’où provient chez vous cette disposition que vous avez pour l’Orient et pour le Yémen en particulier ? - Cela provient de très loin, car je vins pour la première fois au Yémen il y a plus de quarante ans avec mon père. Les choses – vous savez – se développent de façon à aboutir naturellement à la conclusion, à la tâche et à la mission qu’on vous a confiées. - Votre peinture semble décrire des lieux que vous avez connus, soit dans ses rappels de coutumes, soit dans l’ensemble de la vie culturelle ? - La peinture est ma vie. En elle les joies, les anxiétés, les lieux, les visages qui, filtrés par le sentiment, prennent les couleurs, les traits et les transparences… - Est-ce que vous pouvez nous dire quels sont les rapports avec les autorités, et comment se déroulent les contacts avec les gens du lieu ? Elle indique, en souriant, les gens présents, et nous pouvons reconnaître en réponse à cette question, outre ceux que nous avons déjà nommés, le Premier Adjoint au Maire de Sana’a, Dr Kaon, le ministre pour les liens culturels, le recteur de l ‘université de Sana’a, et le directeur du musée national…….. En même temps une petite fille arrive à se faufiler parmi les jambes des hôtes, et arrive à Marléna Ratti. -Dutura, abii dit-elle. Elle lui prend la main et elle lui fait comprendre que son père a des problèmes. C’est ainsi que nous apprenons que dans le quartier Marléna Ratti est surnommée la Dutura, et que l’on recourt à elle pour tout problème. Même si elle ne parle pas la langue, elle la comprend, et sait interpréter les besoins et les nécessitées. Son œil est toujours vigilant et sait saisir toute nuance de l’âme humaine, en un mot elle parle le langage de l’Amour, qui surmonte toute barrière linguistique ou non, langage qui n’est pas en usage chez les puissants, et qui n’est pas asservi à la mode. Ainsi beaucoup de réponses ne nous sont pas données par des mots, mais par des faits tangibles. Peinture et littérature se mettent en synergie tout en créant l’atmosphère des lieux avec des rappels internationaux…Mais nos mots sont arrêtés par un signe de Marléna Ratti, qui nous présente les nouveaux arrivés : l’ambassadeur d’Allemagne, l’ambassadeur de l’Inde, l’ambassadeur du Pakistan………….puis elle nous serre le bras en chuchotant : - La culture n’a pas de frontière, elle est amour… Arrive ensuite Mme le professeur Gagnolato, lectrice d’italien à l’université de Sana’a. Nous apprenons qu’il y a eu un véritable virage en faveur de notre langue. Nous nous adressons à nouveau à Marléna Ratti : - Ainsi avec cet intérêt pour notre langue, pensez-vous que tous ces jeunes étudiants qui connaissent la langue et la culture italienne vont fréquenter la bibliothèque ? - Effectivement, je dirais que oui, nous répond Marléna Ratti. Les présences augmentent constamment, et fait remarquable, les gens vont et viennent, et retournent avec assiduité. Il est important de savoir jouer le rôle du médiateur, se faire interprète entre mondes culturels différents, présenter les choses sous l’optique saisissable par notre interlocuteur, lui faire comprendre qu’il n’existe pas des modèles absolus, mais des exemples différents d’interprétation ou de solution… Marléna Ratti est emportée par le public dans la salle adjacente. Nous sommes sûrs que l’apport de Mme le professeur Ratti sera déterminant : sa connaissance des lieux et des cultures est un creuset où il sera possible de forger un avenir plus pauvre en ignorance et plus riche en connaissance, comme elle aime elle-même à se répéter cette maxime. Nous nous entretenons avec le Dott. Culazzo de l’ambassade d’Italie, qui est très étonné par la grande participation à cet évènement, et qui représente même un remarquable succès sur le plan diplomatique. C’est une joie pour les yeux de visiter cette bibliothèque et cette maison, c’est un unicum, que la sensibilité artistique de Marléna Ratti a su savamment interpréter à l’intérieur, où dans chaque pièce sur le blanc immaculé apparaissent ses fresques. Comme l’abeille, que l’on retrouve souvent dans son œuvre, symbole d’une infatigable et intense activité, elle survole silencieuse n’importe où, toujours donnant et sans rien demander. Ici des fleurs, là un bédouin paraît de l’escalier, une vue de Sana’a s’esquisse par l’embrasure d’une porte………………Tout cela en un cadre parfait, une maison particulièrement rénovée dans la tradition ancestrale du pays, et pour lequel le ministre des biens culturels félicite Marléna Ratti. Nous prenons congé d’elle par une dernière question : - Vos projets pour l’avenir ? Et pour votre permanence ici ? - Je dois poursuivre………….. Un salut chaleureux accompagne nos meilleurs vœux de réussite. Vœux qu’elle mérite. Et qui sont nécessaires.
Professeur Contini
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| L'art du collage de M. Ratti |
| © 2007 Pierre-Jean Varet |