

|
Le roman collage
C’est en 1919, alors que Max Ernst souffrant d’une pneumonie et condamné à garder le lit explore les richesses du collage figuratif en découpant frénétiquement des gravures des livres illustrés du XIX siècle. J’étais frappé – disait-il - par l’obsession qu’exerçaient sur mon regard irrité les pages d’un catalogue illustré où figuraient des objets pour la démonstration anthropologique, microscopique, psychologique, minéralogique et paléontologique. La rencontre absurde de ces documents disparates, faits pour être regardé un par un, mais liés ici, en dépit du bon sens, par une rêverie suscite l’image. Ainsi Ernst sera tenté d’exploiter la rencontre fortuite de deux réalités distantes sur un plan non convenant, et de créer le dépaysement systématique en créant ses collages. L’ensemble de ces collages – d’une homogénéité parfaite – puisque constitué de la même source, constituera l’invention du roman-collage : un texte romancé illustré par des collages. De cette expérience d’un absolu poétique, naîtra l’étincelle du parapluie qui fait l’amour avec une machine à coudre sur une table de dissection. Le premier roman collage s’intitulera : La femme cent têtes, suivra ensuite Rêve d’une petite fille qui voulut entrer au carmel, et La semaine de Bonté, tous publiés entre 1929 et 1934. Comme écrira Serge Lemoine : Ernst crée avec le roman-collage une esthétique de roman-feuilleton détourné, piraté, d’où le grand pouvoir d’évocation de ses compositions, leur force émotionnelle et poétique. L’œuvre collée de Ernst fait référence, et si beaucoup de surréaliste firent des collages, seuls Ernst, ainsi que Breton et Aragon, consacrèrent beaucoup d’écrit à cet art. Peu d’artiste suivirent l’expérience du roman-collage initié par Ernst, si ce n’est Dutroux, dans : Une semaine de cruauté, et quelques essais de Bertrand Athouel. Le roman collage est donc resté au stage d’expérience, et faute d’artistes ayant suivi cette exploration, il est encore un terrain vierge d’aventure créative pour l’artiste souhaitant lié l’esprit des livres illustrés ; cher au XIX siècle, et la pratique du collage.
TOUT L'ART DU COLLAGE : - |
| Le roman collage |
| © 2007 Pierre-Jean Varet |