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Collage et poésie
tudier les rapports entre l’art du collage
et la poésie, entre les collagistes et les poètes demanderaient un long chapitre
si ce n’est tout un ouvrage, ce qui n’est pas somme toutes le présent
but. Si le premier vrai collagiste, Charles
Rivière Du Fresny dont nous avons conté l’histoire dans le livre "L’art du
collage avant les cubistes", si ce premier vrai collagiste –dis-je – est un
auteur de théâtre, et un véritable noble, petit-fils d’Henri IV, cousin de Louis
XIV, il n’en est pas moins un poète de par sa vie et sa manière d’être :
joueur invétéré, amoureux des tripots et des femmes de toutes vertus,
dilapidateur d’argent, touche à tout de génie, et inventeur du collage au sens
artistique, c’est dire à quel point dès l’origine collage et poésie se
côtoyaient. Le nombre de poètes ou de romanciers ayant
collé – en dilettante ou avec passion – n’est pas anodin : de Victor Hugo à
Lewis Carol, d’Andersen à Breton, de Eluard à Prévert, Jean Claude Roy, Jiri
Kolar et tant d’autres, sans parler de ceux qui ont pris fait et cause pour
l’art du collage, comme Apollinaire ou Aragon, ou de collagistes qui ont
collaboré à des recueils de poésie comme le grand et trop méconnu Max Bucaille,
ou Mandeville, jusqu’à l’intrusion même du collage dans la poésie avec les
poètes américains du Cup Up, etc.…….. nous aurions besoin une nouvelle fois de
faire un inventaire à la Prévert tant ces mondes
s’accolent. Il faudra noter que dès 1911 Guillaume
Apollinaire dans son poème Lundi Rue Christine utilise la libre juxtaposition
des mots qui forment Une sorte de collage verbal ( sans parler de
ses Calligrammes, à mi-chemin entre poèsie-collage-graphisme).
Soulignant cet aspect, l’art du collage est
à mon sens le seul domaine artistique ou deux mondes se côtoient : les
peintres, qui ont abandonné la peinture en tant que matériel pour peindre à
l’aide papier – comme Mandeville – où les poètes qui ont cessé l’usage de la
plume pour perdurer leur poésie qu’au moyen de l’image collée, comme Jiri
Kolar. Souvent d’ailleurs ces deux tendances – des
peintres qui vont vers le collage et des littérateurs qui vont vers le collage –
s’engagent dans deux voies : les peintres vers le collage abstrait, les
poètes vers le collage figuratif. Et pour parachever ce bref résumé de cet
état de fait, on ne peut ignorer la similitude de la pratique de la poésie et
celle du collage : le poète assemble ou accole des mots pour réaliser un
poème, les collagistes assemblent ou accolent des images pour réaliser un
collage. Hors la colle et la plume, rien ne diffère à
ces actions. Et pour ceux qui voudraient retourner aux
sources du dadaïsme, et pratiquer le pur collage en poésie, il leur faudra
appliquer la recette donner par
Tristan Tzara : Pour faire un poème
dadaïste Prenez un
journal Prenez des
ciseaux Choisissez dans ce journal un
article Ayant la longueur que vous
comptez Donner à votre
poème Découpez ensuite avec soin
chacun Des mots qui forment cet
article Et mettez les dans un
sac Agitez
doucement Sortez ensuite chaque
coupure L’une après
l’autre Copiez
consciencieusement Dans
l’ordre Où elles ont quitté le
sac Le poème vous
ressemblera Et vous voilà
écrivain Infiniment original et d’une
sensibilité Charmante encore
qu’incomprise Du vulgaire.
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| Art du collage et poésie |
| © 2007 Pierre-Jean Varet |